Réponse de Sébastien Fontenelle au torchon lepéno-réaliste de Laurent Joffrin :

Une leçon de réalisme (et de tempérance) de Laurent Joffrin

Laurent Joffrin, directeur du Nouvel Observateur, sait « pourquoi Mélenchon a échoué » à se faire élire à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais) : c’est, explique-t-il dans un pointu commentaire, parce que « les classes populaires ont les pieds sur terre », et « se méfient de la radicalité verbale qui recouvre avant tout l’irréalisme ».

Ainsi, et toujours d’après Joffrin : « Un candidat qui proclame à tous vents que l’immigration ne pose aucun problème », comme a fait Jean-Luc Mélenchon dans le cours de sa campagne, « ne saurait remporter un grand succès auprès des ouvriers et des employés, qui craignent la concurrence d’une main-d’oeuvre sous-payée et corvéable à merci »

Ces considérations sont à plus d’un titre intéressantes, et doivent être regardées d’un peu près.

Elles révèlent, en effet, que Joffrin, selon qui Le Nouvel Observateur est un « Gala pour les riches » [1], et qui par conséquent doit un peu savoir ce que sont les aspirations de la possédance, sait aussi (et toutefois) – et mieux qu’eux-mêmes, probablement – les aspirations profondes, par temps d’élections (mais pas que), « des ouvriers et employés » des « classes populaires » : sans doute a-t-il mené dans cette plèbe, entre l’annonce (dimanche soir) de la défaite de Jean-Luc Mélenchon et la publication (lundi matin) de son pointu commentaire, une investigation poussée [2].

Mais surtout : elles nous disent que Joffrin, aux lendemains des victoires électorales des « socialistes » (dont certain[e]s redoutaient qu’elles n’aient sur son iconoclasme l’émollient effet qu’a [par exemple] l’eau sur le savon de Marseille), n’abdique rien de sa détermination à briser les tabous qui empêchent ce qu’il appelle « la gauche » d’être toujours plus (extrêmement) à droite.

Selon lui, en effet – c’est ce que nous constatons si nous reprenons, point par point, sa coruscante démonstration : la proclamation que l’immigration ne pose aucun problème témoigne d’une irréaliste radicalité.

Le réalisme, et tout aussi bien la tempérance, commandent donc (si du moins les mots ont un sens) de considérer que l’immigration pose un problème.

Ou, comme l’a montré le fameux philosophe Henri Guaino, que : l’immigration est un problème.

Pour le dire autrement (et en y insistant un peu, mais le gars mérite) : l’énoncé que l’immigration est un problème n’est donc pas, vu depuis l’hauteur d’où Joffrin mesure le pouls des classes populaires, l’expression d’une quelconque radicalité [3] – mais bien plutôt celle d’une juste perception de la réalité.

Pour Joffrin, donc [4] : l’immigration est en effet un problème, m’sieur Dupont – le nier serait confesser que vous n’avez pas les pieds sur terre, et que vous divaguez gravement, comme le pauvre Mélenchon.

Plus précisément : ce problème est que l’immigration met dans le marché du travail [5] « la concurrence » (déloyale) « d’une main d’oeuvre » immigrée « sous payée et corvéable à merci » [6], que les classes populaires craignent, d’après Joffrin, à très juste titre – puisqu’elles ont, elles, et à la différence de MM. Dupont et Mélenchon, les pieds sur terre (et sont campées dans une glaise où l’irréalisme n’a aucune place, au noooord, c’était les corons).

Adoncques, et pour le dire, là encore, autrement, et de manière plus concise : l’immigration, selon Joffrin, vient jusque dans les bras des classes populaires d’antique souche (pas-de-)calaisienne leur chourer ses emplois – venez dire après ça que ces gens-là sont pas des voleurs ?

Mais ça (que Joffrin dit là pour mieux tancer Mélenchon de son inconvenante radicalité), quand on y réfléchit ?

C’est pas non plus complètement nouveau, hein ?

Parce qu’en vrai, bien avant que le patron du « Nouvel Observateur » n’appelle « la gauche de la gauche » à se rendre à ce si particulier constat ?

D’autres que lui l’avaient fait, qui doivent quand même, je parierais, se délecter de sa conversion à leur « réalisme » : à leur place, conviens, on cacherait pas sa joie.

Notes

[1] Et cette analyse est, au demeurant, parfaitement juste.

[2] Et, disons-le, moustachue.

[3] Comme le supposent très sottement les bien-pensant(e)s qui s’obstinent à se remémorer qu’il fut longtemps l’un des plus solides piliers de la propagande pénique – je ne te félicite pas du tout, Pierre Tevanian.

[4] J’espère que tu suis ? [NDR : Ainsi que pour un certain « J.D. », journaliste au très républicain Marianne, qui signe dans le n° 791, semaine du 16 au 22 juin 2012, un encadré intitulé « Le tabou de l’immigration »]

[5] Dont Joffrin, depuis trente ans, n’a jamais cessé d’exiger qu’on y mette plus de flexibilité, bordel, tas de feignasses – mais c’est une histoire.

[6] Alors que le prolétariat de souche est, comme chacun(e) sait, constamment câliné par un patronat qui n’a d’autre souci que le bien-être de ses employé(e)s et salarié(e)s.

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11 commentaires pour Réponse de Sébastien Fontenelle au torchon lepéno-réaliste de Laurent Joffrin :

  1. tchoo dit :

    Là où il a raison c’est que pour les immigrés sans papier, ils représentent pour le patronat un main d’œuvre sous payée et corvéable à merci. Mais comme il est hors de question de renvoyer ces gens chez eux (matériellement impossible) il faut donc, comme le préconise le Front de gauche et Jean-Luc Mélenchon régulariser tous les travailleurs sans papiers, on peut ainsi outre faire preuve d’humanité rendre service à la nation (entrées de cotisations sociales et nouveaux consommateurs qui peuvent faire des projets de vie) et espérer diminuer la pression patronale sur les emplois et salaires.

  2. Guy Liguili dit :

    Ce que Joffrin ne dit pas c’est que c’est parce qu’ils sont sans papiers qu’ils sont sous payés et corvéables. Leur donner des papiers leur permettrait de se défendre et peut-être de pouvoir poursuivre ces patrons esclavagistes.
    Or, ce que demande la droite extrême est de se débarrasser des immigrés pour donner ce même poulot sous payés à une main d’œuvre aussi corvéable : les RSAstes et autres chômeurs.

  3. atchaaa dit :

    Ou pour le dire autrement 😉 Ce dont ce merveilleux journaliste (astiqueur en douce du sarkozysme) ne s’offusque pas, des méthodes de ces patrons voyous qui emploient des ouvriers corvéables à merci (btp, gardiennage, restauration, agriculture etc)

    Joffrin toujours du côté du manche et raisonnant comme tel

  4. Leroy dit :

    Pas de trace de mon commentaire. Je vois que le débat est bien gardé. Vous accusez les médias de tourner en rond et vous faites de même…

    • opiam2012 dit :

      Les commentaires racistes ne sont pas autorisés sur ce site. Vous n’aurez pas de mal à trouver cent mille autres sites Internet où exprimer votre racisme déguisé en anti-mondialisme. Allez donc voir chez Français-de-souche ou chez les soraliens.

  5. Daneel dit :

    Je pense que nous pouvons comprendre l’article d’une autre façon. L’immigration Est un problème pour une partie de la population (sinon je ne vois rien qui explique les scores du FN). Le fait que ce problème ne soit pas basé sur des faits est un autre débat. Il ne suffit pas de dire « Non ce n’est pas un problème » pour que ça disparaisse. Et c’est bien là où le FdG n’a pas assez bien réussi sa communication. En disant ceci, je pense qu’il fallait tout simplement éviter de rentrer dans ce débat contre le FN car le raisonnement avec l’électorat de ce parti sur ce sujet (qui n’est que purement instinctif, animal, la peur de l’autre qui est un peu différent) ne sert presque à rien, et le FdG est tombé dans le piège. La force du FdG était dans la proposition sur des sujets qui auraient pu changer positivement la vie des gens (inclus les électeurs FN). Pour moi, c’est là où se trouva l’erreur stratégique. J’attends l’autocritique du FdG impatiemment.

  6. Leroy dit :

    Commentaires racistes? En quoi!!! J’expliquais simplement la réalité économique du Nord Pas de Calais où sur les grands chantiers la mise en concurrence est généralisée avec des sous-traitants étrangers sous payés ! grand stade de Villeneuve d’Asq, chantier Auchan à Arras, le transport routier, l’hôpital public… Roumains, Polonais, Tchèques, Hongrois se retrouvent à trimer des heures dans des conditions pourries alors que les donneurs d’ordre jugent les entreprises locales trop chères, les poussant à sous-traiter ou à délocaliser. sans parler de l’état. J’expliquais que le problème ne vient pas de ces ouvriers qui n’ont pas le choix mais du prétexte pris pour faire pression sur les salaires!!! Je ne vois pas ce qu’il y a de raciste ! Je rappelle que le protectionnisme n’est pas une tare et que les délires sans frontiéristes conduisent à la concurrence libre et non faussée, détruisant le marché des céréales africain par exemple. C’est le grand impensé des verts, il suffit de lire Pascal Canfin.
    Un point Godwin, un!!!

    • opiam2012 dit :

      Dans ce cas il faut donner des papiers aux travailleurs sans papiers. Ainsi, plus de concurrence, ni de pression ni de prétexte patronaux. N’est-ce pas ?

      • bertrand dit :

        argument nullissime ! car il ne siffit pas de « donner » des papiers, c’est toute la structure de la société qui doit avoir les moyens de définir un cadre. Or ce n’est pas possible, car cela draine tout simplement de nouvelles injustices. Un exemple ? Je propose que des « travailleurs » bénéficiant de tout le système de protection, avantages français (que d’autres payent, et certainement pas vous !), et bien je propose que ces travailleurs « sacrifient » leurs beaux avantages afin de travailler davantage à l’intégration de nouveaux arrivants : sollicitation pour les héberger, pour les former, temps de présence accru, etc… Ah oui, je sais, pour vous c’est de la démagogie. Mais c’est vous qui êtes démagogues et n’illusionnez plus personne ! Et puis vous parlez de donner des papiers aux travailleurs sans papier… vous êtes définitivement hors sujet. Aujourd’hui, la concurrence vient effectivement d’une part du paradoxe d’accepter des gens sans papier à travailler en France et qui pèsent sur l’économie de plus en plus règlementée donc contraignante (eh oui, les droits sont des contraintes pour les entreprises qu’il faut « digérer », impliquant du personnel plus formé, plus qualifié, etc…), et d’autre part d’être en concurrence avec des pays voisins à bas coûts et avec très peu de règlementation. Le protectionisme, puisqu’il faut l’appeler ainsi est une nécessité. Mais des blaireaux de votre espèce n’ont toujours rien compris. Avec vous, la « gauche » a un bel avenir dans les poubelles de l’histoire 🙂

      • O.P.I.A.M. dit :

        Détends-toi bonhomme 🙂

      • bertrand dit :

        parfaitement détendu mon gars !

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