Trois calomnies médiatiques dans les cinq derniers jours de la campagne électorale

     L’excitation provoquée dans le milieu médiatique par les relations entre responsables politiques de camps opposés est un phénomène très intéressant à analyser – surtout quand les journalistes « découvrent » ces relations à l’approche de l’élection présidentielle. Jean-Luc Mélenchon en pâtit trois fois au cours des cinq derniers jours de campagne. Mais observons d’abord, en guise d’apéritif, deux autres lynchages médiatiques branchouilloux, qui avaient eu lieu auparavant pendant la campagne non officielle, à la fin des mois d’octobre et de janvier.

1. Par l’odeur du buzz alléchés…

Jean-Luc Mélenchon et son « ami » Brice Hortefeux

                 Révolte-toi mais en étant cool !

     Le 26 octobre 2011, deux journalistes des Inrockuptibles – l’usine « de gauche » et « rebelle » qui fabrique de la culture « alternative », de la coolitude et du « décalage » – ont déniché un scoop : ils ont « surpris » Jean-Luc Mélenchon en train de parler à Brice Hortefeux autour d’un café, à la buvette du Parlement européen. Scandale ! Collusion ! De plus, selon ces pauvres victimes martyres de la Vérité, Mélenchon les a sévèrement réprimandés. Ces saints ont aussitôt transformé le non-événement en événement : « Mélenchon furax d’être vu avec Hortefeux »… qui a été très vite transformé par la frénésie grégaire du recopiage, en des « Jean-Luc Mélenchon ne veut pas être vu avec son ami Brice Hortefeux » et des « Comment va votre ami Brice Hortefeux ? ».

     Le plus drôle dans ce non-évènement, c’est la définition de ce qu’est une information pour ces journalistes – qui justifient ainsi leur œuvre après que Mélenchon leur a suggéré de ne pas résister à la tentation de faire leur buzz (“Mais racontez-le donc, hein ! Jean-Luc Mélenchon et Brice Hortefeux qui discutent ensemble, ah ça vous plaît, hein, ça vous amuse !”) :

« Pour nous, l’information n’est pas dans cette scène, que, sans cet incident, nous n’aurions sûrement pas racontée [oh, bien entendu…], mais dans la violence de la réaction. Pas d’inquiétude ! On n’en était pas à faire renaître l’alliance gaullo-coco du début de la Ve République ! »

L’information n’est pas dans la scène mais dans l’incident ? Soit, du point de vue d’un esprit médiocre et étriqué. En effet, quel intérêt y a-t-il à parler d’un sujet où il n’y a ni sang, ni incident, ni « clash », ni « buzz » ? La journaliste a quand même le culot de prétendre qu’elle ne se serait pas contentée de faire buzzer un si alléchant « Mélenchon boit un café avec Hortefeux » ? Mais bien sûr !

     Évidemment, les explications de Mélenchon n’eurent pas autant d’écho que la calomnie, faisant son chemin chez les gauchistes avides de chasse aux « traîtres », mais aussi, hélas, parmi des citoyens de bonne foi voyant là une incompréhensible « connivence » avec l’extrême droite. Le journal Le Parisien recopie l’ « information » des Inrocks (nom encore plus cool et rebelle que Inrockuptibles), absolument déterminante pour construire un monde meilleur, car mieux informé :

« Jean-Luc Mélenchon fait une nouvelle fois le buzz
à cause d’une dispute avec des journalistes. »

Mélenchon est donc accusé de « faire le buzz » par ceux-là mêmes qui le fabriquent et le répètent comme des perroquets… Rêvons quelques secondes. Imaginons un journaliste qui, un jour, aurait une révélation, se rendrait compte de sa stupidité, du vide de sa tête, du nihilisme de sa profession, et dirait la vérité :

« Nous faisons une nouvelle fois le buzz à cause
d’une dispute entre Mélenchon et des journalistes. »

* * *

Jean-Luc Mélenchon et son « ami » Serge Dassault

     Afin d’éclairer le citoyen pour qu’il sache bien pour qui voter ou pour qui ne pas voter, il fallait lui fournir cette information indispensable : Mélenchon est « ami » avec Dassault.
On dut ce nouveau scoop aux irréprochables, très libres, très éthiques (etc.) journalistes Lilian Alemagna (chargé de salir régulièrement Mélenchon dans Libération), et Stéphane Alliès, auteurs d’une biographie de Mélenchon (Mélenchon le plébéien) parue le 23 janvier 2012.
Mélenchon a fréquenté Dassault au sénat, ils n’ont pas fait de duels à l’épée, donc ils sont amis, voilà la conclusion de ces deux abrutis, répétée en boucle par leurs collègues. Avoir des rapports cordiaux avec un ennemi politique, le saluer, lui serrer la main, c’est être son ami. Voilà que ceux qui donnent tant de leçons de politesse à Mélenchon-le-violent-l’agressif-le-tyran-potentiel, rêvent de le voir sauter à la gorge de ceux qu’il combat politiquement, par des arguments, par la raison !

L’ « information » fabriquée par les deux incultes prétentieux est ensuite répétée en boucle dans les médias – sans être vérifiée, contrôlée, sans même poser la question à la personne concernée, dans le mépris total des règles les plus élémentaires du métier de journaliste, définies par leur Charte d’éthique professionnelle. Quand le journaleux a conscience de sa malhonnêteté, de sa paresse et de son mépris pour les principes de son métier, il introduit une affirmation vaguement déguisée en question.
Petite leçon de perfidie journaleuse : après la « question » du journaliste Bruce Toussaint (« comment va votre ami Brice Hortefeux ? »), voici celle de Frédéric Haziza :

« Cette vente de Rafales à l’Inde, c’est une bonne nouvelle pour le prestige français, pour la France, pour les ouvriers, ou pour votre ami Serge Dassault ? »

Une fois encore, Mélenchon fut sommé de s’ « expliquer ». Même si Mélenchon était vraiment ami avec Dassault, cela n’est pas une information. Cela relève de sa vie privée. Les abrutis – journalistes ou pas – qui croient voir là une « collaboration de classe » ont une mémoire bien sélective : ils oublient que beaucoup « ne sont pas amis avec M. Dassault, mais comptent lui laisser son magot, et même l’augmenter », alors que Mélenchon propose de tout lui prendre au-dessus de 30.000 euros par mois. Ce sont encore les mêmes abrutis paresseux de la tête qui reprochent à M. Mélenchon d’avoir serré la main de Mme Le Pen en la croisant dans un couloir du Parlement européen, oubliant – ou ne faisant pas le moindre effort pour se renseigner sur le fait – que Mélenchon a longtemps milité, avec Charlie Hebdo et d’autres, pour faire interdire le Front National. Et ceux qui refusaient de serrer la main à la fasciste, ils faisaient quoi ?

     De toutes façons, quelle que soit la défense de l’accusé, le mal avait été fait : ces indignations sélectives, purement politiciennes, autour de scoops construits, entretiennent le poujadisme médiatique : « Tous pourris ! », la preuve : Mélenchon copine avec des gens de droite !

2. Les trois agressions médiatiques des cinq derniers jours de la campagne électorale

     Ces deux épisodes de harcèlement médiatique en trois mois n’étaient rien en comparaison des agressions de la dernière semaine de campagne. En guise d’échauffement à cette ultime bataille – car il s’agit vraiment d’une guerre –, un dossier spécial sur Mélenchon avait paru cinq jours plus tôt dans le Nouvel Observateur, dont il a déjà été question ici, mais à propos duquel il convient d’apporter quelques éléments supplémentaires. Jean-Luc Mélenchon redoutait ces agressions mais n’avait pas pris la mesure du déchaînement de violence à venir, bien qu’il écrivait dans une note de blog, le 31 mars, que :

« […] le pire est à venir. Compte tenu de ce qu’est la propagande des socialistes depuis dix jours, je m’attends à une entrée en scène spécialement odieuse de la part de l’organe bling-bling du social-libéralisme. Si l’on tient compte des projets de carrière de son principal dirigeant en cas de victoire de la gauche dont tout Paris bruit, sa cotisation à l’entreprise de démolition va être particulièrement gratinée. »

… Puis, le 9 avril, que :

« Les quinze jours qui arrivent sont la période des grands rapides. L’espace-temps politique se contracte. Bruits, rumeurs et effets de surprise ont une intensité et un impact d’une force qu’ils n’ont à aucun autre. »

     Le lundi 12 avril donc, soit neuf jours avant la fin de la campagne électorale officielle et l’interdiction de parler de politique dans les médias à partir du vendredi 20 à minuit, le Nouvel Observateur publie un dossier dans lequel le grand philosophe Michel Onfray explique pourquoi Mélenchon est dangereux pour la démocratie, et pourquoi selon lui, il faut voter blanc. Dans ce dossier, il y a aussi un appel à voter vert, d’un « chroniqueur » –  Daniel Cohn-Bendit –, puis un appel à voter rose du journaliste Hervé Algalarrondo.

     Parmi les raisons qu’il donne de ne pas voter pour Mélenchon, Onfray rabâche tous les clichés habituels, enfilés comme des perles sur un fil de non-pensée, en trafiquant systématiquement les propos de Mélenchon. Il lui reproche par exemple de faire de Robespierre et de Saint-Just « ses modèles » et ses « seules références » révolutionnaires, et de ne jamais évoquer Condorcet. Une personne qui a eu la courtoisie de qualifier d’ « erreurs » ces mensonges grossiers a fait une réplique les compilant, à l’appui des propos tenus par Mélenchon, détruisant totalement la pitoyable et malhonnête sélection onfrayenne, prouvant que Mélenchon cite régulièrement Condorcet. La paresse spirituelle, le refus de s’informer, de vérifier les sources de ses affirmations avant de parler, puis de les présenter devant la personne qu’on accuse, ne sont pas des erreurs. À ce patient travail, il faut ajouter aussi ce que disait Mélenchon, par exemple lors de son intervention chez les apprentis journalistes du C.F.J. :

« Je me réfèrerais plus volontiers à Condorcet qu’à Robespierre,
mais naturellement je me réclame aussi de Robespierre. »

Mélenchon parle aussi de Condorcet tout à la fin de cette rencontre avec des féministes :

« Il faut être du parti de Condorcet : ou tous les êtres humains
ont les mêmes droits, ou aucun n’en a aucun. »

      Onfray prétend aussi que pour Mélenchon, François Mitterrand est un modèle alors que celui-ci « fustige le christianisme liberticide et le bouddhisme, religions de « bons à rien », alors qu’il épargne le judaïsme et l’islam ». Mélenchon a répondu maintes fois à cette pitoyable ineptie manichéenne, par exemple lors de cette conférence au cours de laquelle Mélenchon parlait de Mitterrand :

« Le goût de la caricature et de la pensée simple, en quelques mots, qui tiennent dans des phrases courtes – c’est à dire le format médiatique – nous condamnent à être soit des ennemis aveuglés de François Mitterrand, soit des “mitterrandolâtres”. Entre les deux, il n’y a de place pour rien. En tout cas, il semblerait qu’entre les deux il n’y ait pas de place pour l’intelligence. Je pense que précisément, c’est l’effet qui est recherché. »

      En publiant ce torchon de Michel Onfray, le Nouvel Observateur n’a pas respecté le code déontologique de sa profession, qui proclame qu’ « un journaliste digne de ce nom » doit « exercer la plus grande vigilance avant de diffuser des informations d’où qu’elles viennent ». La liberté de la presse n’est pas la liberté de mentir, de tromper, se salir, de calomnier.

Jean-Luc Mélenchon et son « pote » et « ami » Patrick Buisson

      Quant à l’article appelant à voter pour le Parti socialiste et surtout pas pour le Front de gauche, il est écrit par un « journaliste » qui prétend, à neuf jours de la fin de la campagne :

Que Mélenchon est « pote » et « ami » avec Buisson. Scoop ! « Pote », « ami » avec Buisson ? Pas de sources pouvant appuyer cette affirmation ? Ce n’est pas grave, faisons confiance au journaliste, un saint ne peut pas mentir.

Qu’il a assisté à la remise de sa légion d’honneur par Sarkozy au palais de l’Élysée, cinq ans plus tôt. Oh ! Et il y a même une vidéo !

Que,

« Alors que Mélenchon accable régulièrement de ses sarcasmes Hollande comme Marine Le Pen, il n’a jamais eu de formule assassine contre Sarkozy [1]. Sur le fond, il s’en démarque sans équivoque. Le 5 avril, à Toulouse, il lui a réclamé « des comptes » pour le « malheur » répandu pendant cinq ans. Mais rien sur l’homme. Bien au contraire. En privé, il accorde à Sarkozy d’être « un chef de guerre ». L’exact contraire d’un « capitaine de pédalo » ! Mieux : après cette flèche décochée contre Hollande, Mélenchon a assuré être à la recherche de la « vacherie qui tue » contre Sarkozy : on l’attend toujours… »

Voyons donc s’il est vrai que Mélenchon « n’a jamais eu de formule assassine contre Sarkozy », ou bien si le journaliste ment, ou fait son métier n’importe comment.

Lors du discours de clôture de la fête de l‘Humanité, le 18 septembre 2011, Mélenchon avait qualifié Sarkozy de tyran :

« Un monde nous appelle à l’action, puisqu’en définitive celui que nous voyons roule à sa fin. Il a une apparence, celle des tyrans du G8 et du G20 qui ont comme président commun celui de notre pays, Nicolas Sarkozy. »

Dans son discours à Nantes, le 14 janvier 2012, il l’avait comparé à Joe Dalton :

« Voici qu’apparaissent les quatre Dalton de l’austérité. Et comme vous le savez, chez les Dalton, c’est le plus petit le plus méchant ! »

Comme a répondu une fois Mélenchon à un journaliste qui lui demandait s’il avait « trouvé la formule magique contre Sarkozy » [2] :

« J’ai déjà dit des dizaines de trucs qui étaient drôles. Dix fois, cent fois. Mais les gens n’ont pas envie de retenir ça, ils ont juste envie… vous savez, la paresse intellectuelle des journalistes est un phénomène de société extrêmement intéressant ; ils répètent en boucle tout le temps la même chose – c’est moins fatiguant – : « capitaine de pédalo, capitaine de pédalo, capitaine de pédalo ». »

Pour ce qui concerne la présence de Mélenchon à la remise de la légion d’honneur de Buisson, Hervé Algalarrondo ne précise pas qu’à l’époque – cinq ans plus tôt ! –, Buisson n’était pas conseiller de Sarkozy, mais seulement journaliste.

Enfin, après que Mélenchon s’était expliqué [3] à propos de sa prétendue « amitié » avec Buisson, le 19 avril, Laurent Joffrin, outré par la virulence de « l’obsession anti-Obs de Jean-Luc Mélenchon », répondit aux « diatribes » du « grand perturbateur », qui « commencent à tourner au ridicule » :

« L’anecdote est paradoxale, mais nous n’avons à aucun moment suggéré qu’il puisse y avoir une quelconque connivence idéologique entre ce conseiller de Sarkozy et Mélenchon. »

Ben voyons ! Faisons la liste de ces non-suggestions : « Pote », « ami commun », « sourde fascination pour le président sortant », « le Front de gauche a favorisé l’UMP » ; ou encore : « Depuis 2007, le Front de gauche n’a pas hésité à favoriser l’UMP lors d’élections partielles, à Aix-en-Provence (13) et dans les Yvelines (78), contre des candidats socialistes qui avaient eu le tort de frayer avec le MoDem. » Non, bien sûr ces journalistes sont la décence incarnée ; ils n’ont « à aucun moment suggéré qu’il puisse y avoir une quelconque connivence idéologique entre ce conseiller de Sarkozy et Mélenchon » !

      Auparavant, Joffrin avait publié le 12 avril, une réplique aux protestations immédiates de l’équipe de campagne de Mélenchon, de ses sympathisants et probablement aussi de lecteurs ulcérés de se faire nouvelobserver d’une façon si insultante. Dans cet article, Joffrin ose affirmer « nous affichons le plus grand respect » pour ses partisans. Pourtant c’est dans le Nouvel Insulteur qu’on trouve aussi « Mélenchon, piège à cons », écrit par l’un des quatre rédacteurs en chef, Serge Raffy.
Enfin Joffrin demande, dans une ultime caricature si Onfray doit « être brûlé en place publique pour ce crime de lèse-majesté ? » qu’est le fait « de s’interroger sur un candidat qui estime que Cuba n’est pas une dictature, que le Tibet n’a aucun titre à se révolter contre le régime répressif de Pékin ou encore que Robespierre et Saint-Just sont ses deux personnages préférés dans l’éventail des protagonistes de la Révolution française. »

Pour Joffrin, critiquer des méthodes abjectes de journalistes malhonnêtes et paresseux qui ne font pas leur travail de vérification des sources, équivaut à les accuser de « crime de lèse-majesté ». Encore une fois, ces mots sons insultants autant pour Mélenchon que pour ses électeurs et sympathisants, qui ne voient pas en lui une majesté, qui sont adultes, et capables de critiques sans concession à son égard. Pour ces journalistes sectaires et extrémistes, on ne peut que vénérer ou haïr Mélenchon. Entre les deux, il n’y a de place pour rien. Il n’y a par exemple pas de place pour les nombreux électeurs écologistes, antiproductivistes et anticapitalistes qui considèrent que Mélenchon n’est pas assez écologiste, antiproductiviste, anticapitaliste, mais qui ont soutenu sa candidature et ont débattu du programme ; pas de place non plus pour ceux qui trouvent que « Mélenchon est méchant avec les journalistes », mais qui ont tout de même voté pour lui car ils ne sont pas assez stupides pour s’arrêter à cet aspect, ce « défaut » ou cette « tare » ; pas de place non plus pour les nombreux citoyens qui n’apprécient pas du tout son patriotisme, qui sont favorables à l’abolition du patronat et des frontières, à l’interdiction de tous les licenciements, mais qui ont voté pour lui parce qu’il représente au moins une étape vers leur idéal, et une sincère volonté de lutter.
Mélenchon doit-il être brûlé en place publique pour ce crime de lèse-majesté qui consiste à avoir critiqué les méthodes ignobles du Nouvel Observateur ? En refusant la critique, Joffrin donne raison à Mélenchon, qui compare le système médiatique au clergé de l’Ancien Régime, à « des vaches sacrées qu’il est impossible d’interpeller », et « qui n’ont de comptes à rendre à personne ».

* * *

Encore Jean-Luc Mélenchon et son « pote » et « ami » Patrick Buisson

     Dans une note de blog du dimanche 15 avril, Mélenchon prévient que « la semaine qui vient va beaucoup faire tanguer. C’est la zone des très grands rapides. L’espace-temps politique va devenir hautement communiquant. Rumeurs et bobards se déplaceront à la vitesse des virus sur la toile. »

     Lundi 16 avril – Le premier lynchage médiatique était la publication, sur le site Internet du Nouvel Observateur, du torchon d’Algalarrondo paru quatre jours plus tôt dans sa version en papier : « Mélenchon et Sarkozy : l’ami commun, Patrick Buisson ». Ce 16 avril, le Nouvel Observateur choisit de ne pas mentionner la défense de l’accusé. Ce jour-là, le Nouvel Observateur sait que Mélenchon n’est ni « pote » ni « ami » avec Buisson, mais prend la décision de publier l’article sans le modifier. Le torchon est alors recopié et recopié toute la semaine, et Bourdin affirme deux fois à la radio que Mélenchon est ami avec Buisson, bien que Mélenchon vienne de lui répondre que non. Il faut le voir pour le croire :

À la suite de cette entrevue avec Bourdin, la journaliste Diane Saint-Réquier, de L’Express, écrit « Buisson-Mélenchon, cachez cette amitié que je ne saurais avouer ». Quoi qu’il dise, Mélenchon est coupable puisque les procureurs – qui ne donnent aucune preuve, aucune source, ce qui est pourtant la base de leur métier – ont décidé qu’il l’est.

Même si le lendemain, les autres articles de presse, eux, mentionnent désormais les explications de Mélenchon, le mal est fait : il consiste dans l’effet d’assimilation des deux noms accolés partout, Mélenchon-Buisson, amis-amis. Le procédé est le même que l’insulte « Mélenchon – Le Pen », et « Mélenchon – journalistes » répétés en boucle depuis deux ans. Les preuves de son efficacité sont nombreuses et incontestables. Elles se vérifient partout, tout le temps : à table en famille, dans la rue, dans l’entreprise, à l’université.

– « Mélenchon ? C’est un populiste ! »
– « Ah, c’est-à-dire ? »
– « Ben, c’est un démago. »
– « Ah bon ? Explique. »
– « Ben, j’sais pas. Il dit ce que les gens veulent entendre. Comme Le Pen »
– « Mélenchon, il est méchant avec les journalistes.
Il est contre la liberté de la presse. »

Jean-Luc Mélenchon et Henri Guaino : « une véritable complicité »

     Mercredi 18 avril – Une information tout à fait décisive pour éclairer le citoyen qui va voter dimanche paraît dans Le Point :

… « en toute discrétion », est-il précisé dans l’article. Même processus de répétition en boucle dans toute la presse, avec mention des explications de Mélenchon, mais encore une fois, il y a fort à parier que la volonté de nuire a atteint son objectif.
À ce niveau de lynchage, on put penser que l’acharnement contre Mélenchon avait atteint son paroxysme. C’était encore une fois sous-estimer la capacité de nuisance médiatique. En effet, ces calomnies n’étaient rien à côté de ce qu’a osé faire le journal gratuit du groupe Bouygues, Metro.

Jean-Luc Mélenchon en compagnie du dictateur Bachar El-Assad

Jean-Luc Mélenchon

      Jeudi 19 avril – Le site Internet du torchon quotidien gratuit Metro publie deux fois dans une seule journée (8h36 et 22h29) une photo de Mélenchon en compagnie de El-Assad, prise 11 ans plus tôt à l’aéroport d’Orly, accompagné de deux « articles » expliquant que les partis politiques ennemis se jettent des « boules puantes » excuse minable puisque ce ne sont pas les partis qui diffusent massivement cette photo dans la presse. La photo est apparue sur Twitter le mardi 17, puis le lendemain sur le site Internet de L’Express (qui a eu au moins l’honnêteté de donner des explications, notamment sur les deux autres calomnies de la semaine). Metro est le premier journal à l’avoir médiatisée malhonnêtement. C’est Metro qui est à l’origine de la « boule puante ».

      Vendredi 20 avril – Malgré les plaintes du Front de gauche depuis mercredi matin, Metro, qui a donc eu près de 48 heures pour réfléchir, décide de publier la version en papier de l’un des torchons parus la veille sur son site Internet, sans légender la photo. Metro est un journal gratuit tiré à 4 millions d’exemplaires chaque jour.

La version Internet est modifié à 15h02, heure à laquelle le « journaliste », Gilles Daniel, rajoute la légende qu’il avait dû « oublier »… Oups ! « Une erreur déplorable », répond Gilles Daniel [4].

Le matin du vendredi 20 avril 2012, soit quelques heures avant la fin de la campagne officielle et l’interdiction de parler de politique dans les médias jusqu’au dimanche, 20h, plus de quatre millions de personnes purent voir la photo de Mélenchon aux côtés d’El-Assad, sans légende précisant qu’en tant que ministre et en respect du protocole diplomatique, c’était au tour de Mélenchon de raccompagner El-Assad à son avion.

Selon des témoins anonymes, M. Mélenchon aurait aussi été vu en compagnie de Bruce Lee

… mais aussi de Al Pacinohttps://p.twimg.com/AqwZU8XCIAEI_gv.jpg:large   ainsi que de Jessica Rabbithttps://p.twimg.com/Aqwd8AICEAACqCw.jpg:large                                et de E.T.https://p.twimg.com/AqwRuZTCAAAmLia.jpg:large

     Pour François Delapierre, directeur de campagne de Mélenchon, « prise hors contexte, cette photo participe d’une volonté de manipulation de l’électorat, à quelques heures du scrutin, et à un moment où aucune rectification ou droit de réponse ne peut être publié. D’une part, Metro n’est pas publié le samedi et d’autre part la fin de la campagne électorale officielle lui aurait de toute façon interdit de donner la parole au candidat. Le dommage dans toute son ampleur, est donc irréparable ».

     Raquel Garrido, avocate de Mélenchon, déclara que « la plainte est en cours de rédaction, elle sera transmise au procureur de la République dans les heures qui viennent. C’est une plainte pour diffamation, qui se fonde aussi sur le Code électoral qui punit la propagation de fausses nouvelles influençant le vote. L’instruction de M. Mélenchon est claire et irréversible : il considère que la publication à quelques heures du scrutin d’une photo datant de 2001 non légendée et présentée comme une « information embarrassante » dans l’article attaché constitue une atteinte à son honneur d’une part et d’autre part une manœuvre punie par le code électoral. D’ailleurs Metro a compris son erreur et légendé la photo dans l’article en ligne. Mais en ce qui concerne le journal papier, le mal est fait et est irrémédiable ».

     Et comme le hasard fait bien les choses, cette campagne de lynchage médiatique contre Mélenchon surgit alors qu’il était le « troisième homme » des sondages (selon les formules médiatiques qui veulent que les élections soient une « course ») – (sondages qui, il faut le rappeler, sont dotés d’une très grande importance pour le microcosme journalistique parisien). Plus troublant encore, un sondage réalisé par le CSA pour BFMTV les 10 et 11 avril donnait à Mélenchon un score de 17% ! Selon les grilles d’analyse de la presse autoproclamée de « gauche », un tel score (présumé) ouvrait la voie à un des pires scénarios que la sociale-démocratie puisse imaginer : d’une part, l’éviction du Front National de la troisième place ferait perdre au Parti socialiste son argument du « vote utile » ; et d’autre part, le problème « rouge » que représenterait un Front de Gauche aussi puissant et revendicatif pour François Hollande qui, pour le second tour, mais aussi une fois élu, pourrait difficilement ignorer cette gauche-là. La presse dite « républicaine » responsable de cette campagne de calomnies paniqua-t-elle au point de décider d’« en finir avec Mélenchon », comme le confrère cryptofasciste Christophe Barbier ?

« Je ne m’attendais pas à ça. Je ne m’attendais pas à une telle charge, aussi longue, aussi lourde, aussi constante. Quelle que soit l’épaisseur du cuir, il y a des jours où on est très triste ; la flèche passe sous la peau, et elle atteint les nerfs. C’est là que vous avez besoin des copains, qui vous disent « Bah, laisse tomber, ce n’est pas important… », et puis vous vous dites « Mais si, c’est important. » : vous pensez à une personne, quelque part, qui est un ami, qui se dit « Ah mon dieu, que se passe-t-il ? Je ne comprends pas. Quelle est cette histoire ? ». Et il peut être déçu… Bon enfin on a survécu à tout ça, on survivra au reste, je suis sûr que nous avons les clefs du futur [5]. »

Notes :

1. Souligné par l’Observatoire

2. Le syndrome du poisson rouge

3. À partir de 10’30.

4. Les coordonnées du grand « reporter national » :

gilles.daniel@publications-metro.fr
01 55 34 45 35
07 62 83 67 85
35, rue Greneta – 75002 Paris

5. J.-L. Mélenchon dans l’émission « Là-bas si j’y suis » sur France, le 23 avril.

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Cet article, publié dans 1. Libération, 1. Lilian Alemagna, 2 --- TÉLÉVISION ---, 3 --- RADIO ---, 4 --- PRESSE ÉCRITE ---, 6. se faire nouvelobserver, 7. L'Express, 8. Le Parisien, 9. Metro, Le Point, est tagué , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Trois calomnies médiatiques dans les cinq derniers jours de la campagne électorale

  1. ZapPow dit :

    Ne nous leurrons pas. L’information, aujourd’hui, n’est plus que du divertissement entre deux plages de pub. C’est un film qu’on nous passe, d’un genre œcuménique, mêlant action, aventure, romance, sexe, suspense, trahison, polar, espionnage, que sais-je encore. Et si la fiction y est rare, l’interprétation, et le choix tendancieux des infos est constant. Le film est plus destiné à émouvoir, choquer, émoustiller qu’à informer.

    Pas surprenant donc que la simple présence de deux personnes dans un même lieu, et le fait qu’elles soit physiquement proche l’une de l’autre, éventuellement se touchent, se parlent soit interprété comme une collusion : c’est un des grands ressorts des intrigues des films d’espionnage et policier.

    Sans compter que nous vivons une époque où les journalistes se sont établis en nouvelles vaches sacrées : il faut les respecter, se prosterner devant, accepter humblement leurs oracles, mêmes futiles, car la futilité d’une vache sacrée est chose très sérieuse, c’est la marque d’une tendance, c’est cool, c’est souvent une façon de s’amuser de ce qui est très sérieux. Donc, le journaliste est intouchable, non qu’il appartienne à une caste inférieure, mais c’est qu’il est au-dessus de la critique. Le jeune Nasri peut en témoigner, sur lequel toute la presse (et d’autres qui feraient bien de se regarder dans un miroir) vomit à qui mieux mieux, sans se préoccuper de toutes les provocations journalistiques qui ont précédé l’effroyable, l’horrible, l’incommensurable, l’inqualifiable* conduite du jeune voyou.

  2. ZapPow dit :

    « On se pince pour y croire. Un tel projet paraît inconcevable et choquant en Occident et nous dépasse par son extrémisme. Imagine-t-on un seul instant Jean Luc Mélenchon appeler à la destruction de Notre-Dame pour faire table rase du passé ou Marine Le Pen à celle de la Grande Mosquée de Paris au nom de la défense des racines chrétiennes de la France ? »

    Je viens de lire ça dans un article sur Causeur, à propos des salafistes qui veulent raser les pyramides d’Égypte. De fiers crétins, ces salafistes ! Mais je suis choqué par l’analogie présentée dans cette phrase, et encore plus par « l’association » Mélenchon/Le Pen tout à fait gratuite, d’autant que si MLP prône la défense des racines chrétiennes de la France, Mélenchon, lui, n’a jamais parlé de faire table rase du passé, mais seulement de reconnaître et éviter les erreurs du passé, pour construire un avenir.

    L’article est ici :
    http://www.causeur.fr/egypte-les-salafistes-veulent-raser-les-pyramides,18383

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