Paresse intellectuelle considérable d’un historien et philosophe

In caude venenum

     Le 28 juin, Le Nouvel Observateur a publié un entretien avec Marcel Gauchet, « Hollande condamné au courage ». Comme de nombreuses fois pendant la campagne électorale, la profonde méditation de l’anti-Mélenchon primaire commence par quelques caresses pour finir dans un amas d’inepties et de mensonges. Cette fois-ci, après ses caresses, M. Gauchet (historien et philosophe) donne son analyse des erreurs de M. Mélenchon. Et donc, selon lui, les erreurs de M. Mélenchon pendant cette campagne électorale sont, d’une part, d’avoir été trop antiraciste, et d’autre part, d’avoir combattu le racisme par le moralisme :

« Il est devenu le candidat des médias, en se faisant le champion de l’antiracisme et en poussant la surenchère jusqu’au déni pur et simple du fait que l’immigration pose problème. C’est ce qu’il a voulu aller vendre contre Marine Le Pen et c’est là-dessus notamment qu’il s’est planté. »

À part le fait que M. Gauchet considère le combat politique de M. Mélenchon comme de la vente, il n’y a jusque là aucune ineptie ni propagande anti-Mélenchon. Il n’y a que l’opinion d’un représentant de cette pitoyable gauche lepéno-réaliste. Mélenchon est de l’avis strictement opposé, et l’affirmait clairement dans un discours à Besançon, en janvier :

« Je n’ai pas l’intention de contourner la question de l’immigration, dussé-je vous lasser. Ne cédez pas ! Nous ne sommes pas d’accord pour dire que les problèmes de notre pays résultent de l’immigration. Ce n’est pas vrai ! Ce n’est pas vrai ! »

Il faut caresser les pauvres lepénistes, ils souffrent tant !

« L’immigration est ressentie par une partie importante de ces classes populaires comme un problème. On peut dire qu’elles ont tort. Encore faut-il comprendre pourquoi elles ont ce sentiment si l’on veut les convaincre qu’elles se trompent. La tâche politique ne consiste pas à nier l’existence du problème, mais à proposer un programme capable d’y remédier. »

Il est fort dommage que M. Gauchet n’explique pas pourquoi ces classes populaires ont ce sentiment. Oh mais si ! On dirait qu’il tente une explication un peu plus loin :

« Le fait est qu’une partie des milieux populaires vit les conséquences de l’immigration comme un élément de la souffrance sociale qu’elle subit. Il faut traiter cette souffrance sociale comme telle, le politique ayant la charge de trouver un langage digne pour poser la question et empêcher le développement d’un langage indigne. Ce n’est pas simple mais, si on veut des choses simples, il ne faut pas faire de politique. »

Ah ben non en fait, M. Gauchet est seulement passé de « problème » à « souffrance sociale ». Il est regrettable que M. Gauchet n’ose pas dire ce qu’il pense. M. Joffrin, lui au moins, assumait clairement le fait d’établir un rapport entre les problèmes socio-économiques du pays et l’immigration.
Donc, pour « les convaincre qu’elles se trompent », ces pauvres, pauvres classes-populaires-qui-souffrent-terriblement, il faut proposer un programme capable de remédier au « problème de l’immigration » plutôt que de le « nier ». Proposer un programme ? Tiens, mais n’est-ce pas précisément ce que M. Mélenchon a fait des dizaines et des dizaines de fois au cours de la campagne électorale ? Apparemment, M. Gauchet n’est pas au courant de sa proposition de régularisation de tous les travailleurs sans-papiers (par exemple), dont l’effet serait de supprimer instantanément la concurrence entre les travailleurs à papiers et les travailleurs pas à papiers, parce que dès lors, ceux nouvellement à papiers jouiraient des mêmes droits que ceux qui étaient de tous temps à papiers. Probablement, l’effet d’une telle proposition a-t-il été d’exciter encore plus le racisme de tous ces beaufs. Mélenchon a eu raison de ne pas leur caresser la tête.

« Le moralisme dans lequel s’est enferré Mélenchon ne mène nulle part. »

     Il faut excuser M. Gauchet – membre du Centre de Recherches Politiques Raymond Aron – qui n’a pas dû suivre la campagne électorale de M. Mélenchon. Il ne pouvait pas être au courant que M. Mélenchon a répété des dizaines de fois que, pour combattre les idées du Front national, le moralisme ne suffit plus car il n’est plus efficace. La stratégie de lutte contre le Front national durant cette campagne a été précisément d’utiliser en priorité les chiffres, et de démontrer que ses propositions, en dehors de toute considération morale, ne sont soit pas réalistes, soit ineptes, soit hostiles aux ouvriers – et sont, en revanche, très favorables au grand patronat. Voici quelques exemples :

– Dans son discours de Villeurbanne¹ le 7 février, M. Mélenchon disait : « Si vous n’entendez pas la voix du cœur, au moins entendez la voix de la raison !”. Au lieu de faire du « moralisme » en expliquant que c’est mal de supprimer l’aide médicale d’État aux clandestins et donc de les laisser crever dans la rue, Mélenchon explique que les microbes non plus n’ont pas de papiers, et donc qu’ils se transmettront des clandestins aux Français-de-souche si les clandestins ne sont pas soignés. Mélenchon a donné cet exemple des dizaines de fois.

– Dans son discours de Besançon le 24 janvier, il a pris le temps d’expliquer, d’abord d’un point de vue totalement utilitariste et cynique, pourquoi expulser les clandestins faisait perdre de l’argent à la France, puis a conclu ainsi : « Et je ne vous parle que de chiffres. Mais maintenant je vais vous parler la voix du cœur.² »

– Un peu plus tôt, il s’adressait ainsi à l’assemblée : « Nous allons reprendre le terrain mètre par mètre, c’est-à-dire tête par tête. Avec des arguments. Voilà votre tâche, à chacun d’entre vous. Vous allez le faire avec des arguments, avec la lumière de la raison. Et vous direz au camarade : « Ballot que tu es, tu crois n’importe quoi ! » Elle leur a dit : « Je vais vous donner 200 euros ». Et vous en avez plein qui disent : « Ah, quelle bonne idée ! » Mais d’où ils viennent, les 200 euros ? De vos propres cotisations sociales, benêts ! L’argent qui est déjà vous, qui sert à payer vos cotisations sociales, elle dit : « On va vous le donner en salaire ». Ça ne coûte pas 1 euro au Capital. […] Elle vous jette des os qui sont déjà les vôtres. […] Voilà ce qu’elle fait avec ces 200 euros. Mais qui va les payer ? Vous allez les payer ! Parce que la loi prévoit que pour 1 euro d’allègement de cotisation sociale, c’est le budget de l’État qui doit compenser. Ça signifie que ce qu’elle vous aura donné d’une main, elle vous le reprend de l’autre. Voilà ce que sont les merveilleux 200 euros de cette femme qui est une imposture ambulante.³ »
Là encore, au lieu de faire du moralisme, Mélenchon a expliqué dans le détail un point du programme de son adversaire.

– Invité à une émission télévisée4, il a dit qu’il fallait arrêter de « convoquer la Seconde Guerre mondiale et les nazis matin, midi et soir”.

Un tract expliquant l’imposture du programme soi-disant social de Mme Le Pen a été distribué à 8 millions d’exemplaires. Il contient une série d’arguments purement comptables, donc amoraux.

Ces huit fiches de « décryptage » et d’argumentaire n’ont pas servies à dénoncer l’immoralité du lepénisme, mais à montrer, principalement à l’appui de chiffres, que le programme de Mme Le Pen est favorable au patronat, aux ultra-riches, et hostile aux chômeurs, aux femmes, aux travailleurs, aux handicapés, etc.

Un livre réplique en cinq points aux mensonges du Front national, dont voici la présentation :

« Face au Front national et à Marine Le Pen, la dramatisation et la diabolisation ne suffisent plus. Assumer le combat frontal face au FN suppose de produire des arguments pour répliquer dans le détail à son programme. Et ainsi le faire reculer concrètement dans les têtes et dans les urnes. C’est l’objet de ce livre qui décrypte minutieusement les positions et les propositions de Marine Le Pen sur ses chevaux de bataille. »

Plusieurs conférences ont été données sur ces mensonges.

     À chaque fois, que ce soit à propos de l’expulsion des étrangers, de la retraite à 60 ans, de l’égalité salariale entre homme et femme, de l’avortement, des délocalisations, Mélenchon a démontré d’abord les inepties et la stupidité des propositions de Mme Le Pen avant de faire du « moralisme ». Mélenchon a-t-il fait du moralisme quand Le Pen est restée muette face à lui et lisait le journal devant des millions de Français, ou bien l’a-t-il démolie à coups d’arguments infaillibles ?

     Honte à cet « historien » dont la base du métier est de s’informer un minimum avant d’affirmer quelque chose, et qui n’a pas dû prendre plus de cinq minutes pour se renseigner un peu. Honte à ce membre du Centre de Recherches Politiques Raymond Aron (C.R.P.R.A.) qui, pour affirmer des inepties pareilles, n’a pas dû faire la moindre recherche politique sur son sujet, ni la moindre recherche tout court.

Notes :

1. À partir de 48’26

2. À 55′.

3. Discours de Villeurbanne, à partir de 1h02’10

4. De mémoire – source manquante.

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3 commentaires pour Paresse intellectuelle considérable d’un historien et philosophe

  1. alazif62@gmail.com dit :

    Gauchet dit simplement que l’immigration pose problème, notamment l’intégration; il ne ramène pas tous les problèmes économiques et sociaux de la France à ce phénomène. Par contre, cela vous permet de l’amalgamer à Joffrin lui même amalgamer à un gaucho-lepéniste (rouge-brun on disait avant). Bref, du terrorisme intellectuel. Je vous renvoie au livre de Michèle Tribalat, vous apprendrez des choses. Ou à « plaidoyer pour un gauche populaire ». Et puis une question en forme de provocation, vous permettant de m’insulter plus que de répondre, pourquoi l’immigration asiatique pose-t-elle si peu de problème, elle? Où l’immigration hindoue, (gare du Nord)? Ou Pakistanaise? Ou Turc? Ou Russe? Ou Ukrainienne?
    Pourquoi une partie de la troisième, voir de la quatrième génération issue de l’immigration maghrébine se vit encore comme non française tout en vivant en majorité à l’occidentale, dans une hypocrisie toute bourgeoise?
    Y auraient-ils aussi des causes psychologiques et morales à la délinquance? Cela permettrait d’expliquer que l’immense majorité des jeunes de banlieues ne tombe pas dans la caillera, meilleure allié des banksters dont ils blanchissent l’argent d’ailleurs (cf. Grenoble et Marseille).
    Alors c’est sûr, ça défrise Muchielli mais en même temps un abruti qui tient le même discours depuis 20 ans en dépit des chiffres (explosion de la délinquance dans toute l’ europe occidentale depuis le milieu des années 60 soit en pleine 30 glorieuses) doit-on vraiment l’écouter. C’est un idéologue du bien, comme vous avez tendance à le devenir en défendant Mélenchon bec et ongle sans voir que l’immigration n’ai jamais abordé de façon frontale par Mélenchon, notamment la question tant défendue par Autain de la liberté intégrale de circulation; soit le discours de Parisot et de la commission européenne.
    Je ne doute pas que en toute modération vous ne diffuserez pas ce post car étonnamment la liberté de penser s’arrête à votre propre avis.

    • opiam2012 dit :

      La liberté de penser n’est pas la liberté d’être raciste, car le racisme n’est pas une opinion mais un délit. En gros vous dites : je ne suis pas raciste, la preuve, je n’ai rien contre les Hindous, les Pakistanais, les Turcs, les Russes et les Ukrainiens. Et si cette immigration-là pose « si peu problème » selon vous, peut-être est-ce parce qu’elle est moins nombreuse, donc moins visible, non ? S’il y avait très peu d’immigration maghrébine et beaucoup d’immigration ukrainienne, vous auriez un problème avec les Ukrainiens. De toutes façons, vos prédécesseurs racistes avant l’immigration d’après-guerre, eux, c’est les Polonais qu’ils détestaient, et les Italiens, et les juifs. Et puis sûrement qu’ils n’avaient rien contre les Allemands, les Arabes, etc. N’est-ce pas ?

      • partageux dit :

        Je me souviens des « Ritals », des « Espingouins » et des « Portos » de mon enfance. Des gens « inassimilables », « indésirables » comme on le disait alors sur les chantiers du bâtiment et des travaux publics. Leurs enfants sont aujourd’hui les patrons des moyennes entreprises du BTP. Rigolard, un chef d’équipe me disait voici quatre ans : « je suis le seul français ici. La preuve, c’est que mes grands-parents étaient des Républicains espagnols. Et le patron, ne regarde pas le nom de la boîte, c’est un portugais pur sucre. » Et tous ses compagnons sur le chantier étaient du sud de la Méditerranée…

        Je me souviens des Polacks. C’était un peu passé, on ne les emmerdait plus trop avec leur « catholicisme si particulier », leur « repli « communautariste » et le fait qu’ils parlaient polonais entre eux. Un copain « polonais » (troisième génération quand même !) me racontait vers 1970 qu’il rencontrait tout de même parfois quelques vexations en raison de son nom et de sa blondeur « étrangère »…

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