« Front de gauche commence par le mot Front »

Un journaliste a encore pensé

     Accrochez-vous, voici un extrait de la réponse¹ que Jean-Marc Vittori, le journaliste éditorialiste des Échos, a faite à l’OPIAM à la suite de la critique concernant l’analogie qu’il avait faite deux jours plus tôt entre le Front de gauche et le parti nazi grec Aube dorée :

« D’abord, je ne suis en rien responsable de l’appellation « Front de gauche », qui commence par le mot « Front » associé depuis trente ans à un parti de l’autre bord. »

Bon, excusons l’ignorance de ce journaliste qui n’a pas dû apprendre à l’école qu’a existé de 1936 à 1938 un grand Front populaire. C’est la même perspicacité qui avait conduit Michel Denisot à présenter ainsi le Front de gauche et le Front national  dans son Grand Journal en février² :

« Deux jeunes figures de deux camps que tout oppose, quoique. […] Ben oui oui oui, il y a des points communs. Le mot “front”, déjà. »

Dans sa réponse, Jean-Marc Vittori donne un bout d’argument légitimant l’acte résultant de la pensée journalistique – acte qu’il appelle « localiser » :

« Le Front de gauche, comme Syriza, se situent à la gauche de la gauche de l’échiquier politique. Et le Front national comme Aube dorée se situent à la droite de la droite du même échiquier. Prenez le dictionnaire : localiser n’est pas comparer. Pas plus que mettre sur le même plan. Je ne mets aucunement le nazisme et le Front de gauche sur le même plan, implicitement ou explicitement. »

Non bien, entendu… M. Vittori est innocent comme ces centaines de journalistes qui localisent non pas en fonction de leurs valeurs, mais en-toute-objectivité, sans arrière-pensée, sans aucune volonté politique ou idéologique, n’est-ce pas ? Sont-ils pas mignons, ces journalistes qui estiment que le Front de gauche est extrême ? En face, le camp d’« extrême gauche » estime que ses propositions sont tout simplement de gauche, et que le Parti « socialiste » s’est droitisé. Cette lutte de valeurs est bien une lutte de classes – dont les objectifs de l’une ne peuvent être atteints qu’au détriment de l’autre. Plus le Parti « socialiste » se droitisera, plus tout ce qui est de gauche sera qualifié d’extrême. Jusqu’où ? Pourquoi y aurait-il une limite ? Les gens de droite ne sont-ils pas idéalistes aussi, ne rêvent-ils pas d’un monde où la gauche serait totalement divisée et impuissante… de la même façon que les gens de gauche rêvent du contraire ?

     Unis, les Jean-Marc Vittori de tous les pays passent leur temps à créer un effet d’assimilation avec le refrain « Mélenchon = Le Pen », qui s’installe dans les têtes creuses comme un banal fond musical, mais non, ils sont innocents : ils localisent. On peut constater avec quel acharnement ils localisent dans ce répertoire des techniques sournoises d’assimilation de la gauche à l’extrême droite : « Mélenchon = Le Pen ». On peut aussi consulter la catégorie « Mélenchon pire que Le Pen ».

Notes :

1. Réponse qu’on peut lire dans les commentaires de « « Mélenchon = Hitler » dans le journal Les Échos »

2. Voir « « Front (de gauche) contre Front (national) » : « Le Grand Journal » referme le cercle de la raison »

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Un commentaire pour « Front de gauche commence par le mot Front »

  1. Guy Liguili dit :

    Mais, tout à fait et quand tu vas au bord de la mer, le Front de mer est facho ?

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