Dire « on » au lieu de « je », une astuce de journaliste objectif, impertinent, cool et branché

« On a du mal à suivre »    

     Le on est très employé chez les jeunes journalistes, en particulier chez ceux du « Lab » d’Europe1 et de Libération. Évidemment, ils condamnent le populisme et la démagogie mais se laissent aller à cette familiarité. L’aigreur et la vulgarité systématiques de leur style sont un choix éditorial qu’ils assument plus ou moins, mais ils appellent ça « humour » et « ne servir la soupe à personne ». C’est exactement ce que fait le Petit Journal.

Dans son article du 21 octobre 2015 (« Demande de relaxe pour Marine Le Pen : Mélenchon y voit la main de Taubira et Hollande »), la journaliste Delphine Legouté écrit :

« FAUDRAIT SAVOIR – D’un côté le Front national, qui a pris l’habitude de voir la main de Christiane Taubira à chaque fois que le parti ou un membre du parti est inquiété par la justice. De l’autre Jean-Luc Mélenchon qui, après la demande de relaxe de Marine Le Pen par le Parquet dans l’affaire dite « des prières de rue », voit également la main de Christiane Taubira… dans cette décision favorable à la leader frontiste. On a du mal à suivre. »

Qui est « on » ? La journaliste inclut-elle ses lecteurs, et donc se croit-elle autorisée à parler en leur nom ? Parle-t-elle au nom de ses confrères d’Europe1 ? Tous les membres de l’équipe emploient le on. Souvent, ils parlent au nom de leur équipe et disent « au Lab, on », ou « au Lab, nous », ce qui prouve qu’il y a une cohésion – cohésion qui devient corporatisme le plus grossier dès que l’un des membres de la meute est critiqué.

Pourquoi la journaliste n’écrit-elle pas « J’ai du mal à suivre » ? D’une part, le je est le mal absolu dans le journalisme déontologique, neutre, objectif et surtout non partisan ; d’autre part, le on fait partie de la culture de la coolitude revendiquée par la nouvelle génération de journalistes. Ils ont un manifeste : il faut être « impertinent », c’est-à-dire, en fait, grossier et agressif, de même que « ne servir la soupe à personne » signifie dans leur monde « cracher sur tout le monde ».

Il est amusant que la journaliste se présente sur « Le Lab » comme ayant « un goût prononcé pour la détection des éléments de langage »…

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Autres exemples : Libération

Le 9 mai 2015, le journaliste Lilian Alemagna a employé la petite astuce. Il conclut son article « Allemagne, la voie d’excès de Mélenchon » ainsi :

« On l’invite à y passer ses vacances. » (en Allemagne).

Le 23 août, Alemagna écrivait encore dans « Le Front de gauche veut réoccuper le pavé » :

« L’eurodéputé devenait de plus en plus inaudible. On n’entendait plus que ses  rancœurs et attaques contre François Hollande, Manuel Valls ou les journalistes. »

***

« Écrire à la première personne », un article de Daniel Schneidermann paru le 9 février 2014 dans Libération.

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