Vocabulaire de suspicion obsessionnel dans Le Parisien

     Voici quelques extraits d’un article de Martin Bureau – « Mélenchon se verrait bien Premier ministre » -, publié le 28 novembre dans le journal Le Parisien, suivis de brèves répliques – car répondre toujours aux mêmes inepties devient lassant. La paresse intellectuelle des journalistes atteint parfois une démesure telle que, trois ans plus tard, certains ressortent encore l’épisode du pauvre petit étudiant en journalisme : « Les mots, je les rappelle juste parce que ils ont un sens quand même », a juste rappelé le journaliste Aymeric Caron pour la juste 38000ème fois la semaine dernière, mais bon des fois qu’on aurait oublié… Voici donc ce qu’a produit le journaliste du Parisien :

« Mélenchon à Matignon ? Eh pourquoi pas… C’est lui-même qui avance cette idée dans un entretien à Rue 89. « Je suis prêt à être Premier ministre », confesse-t-il. »

… après s’être flagellé ?

« Jean-Luc Mélenchon a changé. Non pas de personnalité bien sûr, mais de logiciel politique. Dorénavant, il se veut le nouveau pape de l’écosocialisme. »

Non, bien sûr Mélenchon n’a pas changé : il parle toujours très fort et puis il est méchant, mais en effet, cela fait seulement quatre ans qu’il se préoccupe d’écologie avec le plus grand sérieux, donc ce n’est qu’un opportuniste. C’est progressivement, au cours des années 1980 mais surtout 1990 et début des années 2000, qu’il prend conscience de l’extrême gravité de la situation écologique. À un journaliste qui lui aussi parle de « nouveauté », un lecteur a répondu que, « au congrès constitutif en 2009, le Parti de gauche a inscrit l’écologie au cœur de ses principes fondateurs. Il n’y a donc pas eu de « tournant », puisqu’il est écrit dans les statuts mêmes du parti qu’il « promeut une politique écologique fondée sur un nouveau type de développement économique, social, environnemental à l’opposé du modèle productiviste » ». Mais Mélenchon reste un impur : il n’est pas né écologiste.

« Dans son entretien à Rue 89, il raconte sa métamorphose et n’hésite d’ailleurs pas à dépeindre Karl Marx en avant-gardiste de l’écologie pour mieux se justifier. »

Le journaliste extrémiste, comme d’habitude… extrémise. Mélenchon ne dépeint pas Marx en écologiste, mais explique que Marx avait pressenti certains « problèmes » à venir causés par l’industrialisation. Dans L’idéologie allemande¹ – en 1845-1846 –, Marx décrivait les dégâts causés par les rejets d’une usine dans un fleuve, par exemple :

« Mais chaque invention nouvelle, chaque progrès de l’industrie font tomber un nouveau pan de ce terrain, et le champ sur lequel poussent les exemples vérifiant les propositions de ce genre se rétrécit de plus en plus. L’ « essence » du poisson, pour reprendre une des propositions de Feuerbach, n’est autre chose que son « être », l’eau, l’« essence » du poisson de rivière est l’eau d’une rivière. Mais cette eau cesse d’être son « essence », elle devient un milieu d’existence qui ne lui convient plus, dès que cette rivière est soumise à l’industrie, dès qu’elle est polluée par des colorants et autres déchets, dès que des bateaux à vapeur la sillonnent, dès qu’on détourne son eau dans des canaux où l’on peut priver le poisson de son milieu d’existence, simplement en coupant l’eau. »

Et Mélenchon n’utilise pas Marx, il s’en inspire. Puis le journaliste rote encore deux ou trois verbes insinuant que tout homme politique est de toutes façons un menteur-manipulateur-démagogue-populiste, pour conclure :

« Modestement, le co-président du Parti de gauche jure n’avoir eu qu’à actualiser cette réflexion à son époque: « L’écosocialisme n’est rien d’autre que la doctrine du mouvement socialiste refondée dans le paradigme de l’écologie politique ». »
« En attendant, il tente d’effacer son image de cogneur. Samedi, il était invité sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché » de Laurent Ruquier sur France 2. D’un calme olympien, il s’est montré critique sur la politique du gouvernement Ayrault mais d’une amabilité rarement observée vis-à-vis de François Hollande. Fini «le capitaine de pédalo» et les autres anathèmes réservés à son ancien camarade socialiste. Jean-Luc Mélenchon aurait-il vraiment changé ? »

Non, bien sûr il est toujours le même : méchant-avec-les-journalistes-démagogue-populiste-tonitruant-vociférant-irréaliste-extrême-égal-à-Le-Pen.

Note :

1. L’idéologie allemande, p. 85, Marx-Engels, Éditions sociales, 1974.

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2 commentaires pour Vocabulaire de suspicion obsessionnel dans Le Parisien

  1. beyrand dit :

    Est-ce possible que Mr Mélanchon fasse peur au roturier à tel point qu’il le lapide ?
    Je m’oppose à cette forme de journalisme sûrement bien payé pour haïr à ce point l’homme en général .
    Mais parlez plutôt de cette vidéo si vous avez encore un peu de temps.

    En espérant qu’elle vous ouvre les yeux
    HB moi je signe

  2. Vandrecau dit :

    Il est grand temps que tous les peuples d’Europe se réveillent. Aucun fascisme ne doit passer et prendre le pouvoir. La solidarité doit vaincre la barbarie.

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