Se faire « décrypter » par Tugdual Denis, journaliste frustré

« Mélenchon = Le Pen » dans L’Express (05/04/13)

Derrière la frénésie verbale du journaliste Tugdual Denis, il y a la frustration. La frustration de n’être qu’un journaliste – médiocre de surcroît – dont on oubliera le nom. De ne pas être un Mozart ou un Bach. De ne pas être un artiste, ni un créateur. D’être un gratte-papier. Il n’y a pourtant pas de honte à passer sur la terre sans laisser de trace. Mais l’insignifiant Tugdual Denis pense signifier quelque chose. Décryptage :

Tugdual Denis, c’est le journaliste qui jubilait de la défaite de Jean-Luc Mélenchon contre Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, comme le prouve le titre (très neutre, objectif, éthique et déontologique) de son article du 27 décembre 2012 :

« Rétro politique 2012: le jour où Mélenchon a pris une douche électorale ».

Alain Marshall, lui (arbitre de boxe et journaliste à ses heures) avait dit à Mélenchon sur BFN-TV, le 22 avril 2012 ¹ :

« Le Front national vous a mis K-O au match aller à la présidentielle, K-O au match retour à la législative. Allez-vous vous en relever ? » […] Là, vous êtes éliminé ! […] Vous êtes éliminé, Jean-Luc Mélenchon ! Vous êtes au tapis, vous êtes éliminé. »

Le journaliste Lilian Alemagna, lui, avait usé d’une expression encore très objective, neutre, impartiale, etc. etc. dans Libération le 10 janvier 2013 ²:

« Je dois aller à la bataille tout le temps, insiste Mélenchon. Je l’ai fait à Hénin-Beaumont avec un grand succès. » Et ce même s’il s’est fait sortir dès le 1er tour de scrutin dans la 11e circonscription du Pas-de-Calais. »

***

Voici la titraille aguicheuse, l’illustration et l’article du décrypteur frustré :

    tugdualdenis

Légende : « Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon (ici, à Lille, en juin 2012) usent souvent d’un champ lexical commun. » Photo de P. Rossignol pour Reuters
On savait qu’il leur fallait parler fort, on sait désormais qu’il leur faut aussi parler sans manières: « Que quatre médias gueulent parce que je parle mal, autant qu’ils le fassent tous les jours », lâche Jean-Luc Mélenchon dans une confidence dévoilée par l’émission Dimanche +, le 31 mars. Une semaine plus tôt, au congrès du Parti de gauche à Bordeaux, le « salopards » de son lieutenant François Delapierre, désignant les ministres européens des Finances, a rappelé, par le biais de la vulgarité, que le langage populiste n’est pas une langue morte.
Elle est même bien vivante en ces temps d’affaires politiques. Ce vendredi matin, au micro de France Info, Jean-Luc Mélenchon a livré une master class de populisme. A son slogan « Qu’ils s’en aillent tous! », il a ajouté quelques mots bien corsés, vantant la nécessité d’un « bon coup de balai » pour nettoyer « la pourriture intrinsèque » au système.
Quelques jours plus tôt, le 26 mars sur France Inter, l’ex-candidat du Front de gauche revenait sur cette façon de communiquer: « Les mots obus permettent de créer de la conscience et du débat. » Une stratégie rejetée par Jean-Marc Ayrault, dont Le Canard enchaîné du 27 mars rapporte ce propos: « Mélenchon parle comme Le Pen. Il excite tout le monde. »
« Bankster » ou « caste »: deux mots qu’on retrouve aux deux Fronts
Les critères universitaires pour définir le discours populiste donnent raison au Premier ministre. Il y a un champ lexical commun. Editée par l’Ecole normale supérieure de Lyon, la revue Mots publiait, en novembre 2011, un article du Pr Patrick Charaudeau sur la novlangue populiste. L’intellectuel évoque cet « excès qui joue sur l’émotion, au détriment de la raison politique ».
L’utilisation de néologismes constitue une matérialisation frappante du mimétisme populiste. Ainsi en va-t-il du terme « bankster », contraction des mots banquier et gangster. En 2009, Jean-Marie Le Pen s’en prenait, dans Libération, à « cette Europe du capitalisme financier, cette Europe des banksters ». En 2010, Jean-Luc Mélenchon, à son tour, dénonçait, dans Le Monde, « l’Union européenne qui impose aux pays attaqués par les banksters […] des saignées » dans leurs comptes publics. L’image du bankster sera de nouveau utilisée par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle.
Cultivateurs de la marge, les deux chefs sont en guerre contre les faiseurs. A peine élue présidente du Front national, Marine Le Pen évoque, en janvier 2011, les « faiseurs d’opinion », avant de promettre, le 1er mai de la même année, de « chasser du pouvoir les faiseurs de mots ». Sur son blog, entre 2010 et maintenant, Jean-Luc Mélenchon aura successivement attaqué les « faiseurs de couverture », les « faiseurs de ragots », les « faiseurs de panique » ou encore les « faiseurs de postures laïques ».
Chez les populistes, on n’aime pas non plus les castes. A La Baule, en septembre 2012, la présidente du FN réclame « le pouvoir au peuple, pas à une petite caste médiatique, financière et politique », tandis que le coprésident du Parti de gauche évoque, dans Sud-Ouest, le 23 mars, la « caste dominante ». Et, précédemment sur son blog: la « caste financière », la « caste journalistique », et la « caste » tout court!
« Derrière la frénésie verbale, il y a la frustration« 
Ces excès ne sont pas forcément insignifiants pour autant. Sur son site, l’ancien magistrat Philippe Bilger, président d’une école de rhétorique baptisée l’Institut de la parole, développe, le 26 mars, une défense en faveur de Jean-Luc Mélenchon: « Le discours insipide dominant aujourd’hui ferait bien de s’inspirer d’une aptitude à la parole et d’une densité du langage, qui, quoi qu’on pense du fond, réveillent les citoyens assoupis. »
Interrogé par la suite sur les ressemblances oratoires entre les extrêmes, Bilger décrypte: « Derrière la frénésie verbale, il y a la frustration. Mélenchon, comme le père Le Pen, fait partie des gens qui, derrière leur sérieux, aiment s’amuser avec les mots, jusqu’à la potacherie. » Quitte à perdre des points en jouant trop?

***

Décryptons le « décrypteur »

     Le décrypteur frustré cite un article du Pr Patrick Charaudeau, qui évoque cet « excès qui joue sur l’émotion, au détriment de la raison politique ». Mais on peut lui rétorquer avec l’historien Howard Zinn visant les intellectuels soi-disant nuancés-modérés :

« L’intellectuel n’aime guère les démonstrations d’émotivité. Il les considère comme des insultes à ce qu’il vénère par-dessus tout : la raison. L’une de ses louanges favorites est « dé-passionné ». Les mots « calme », « judicieux », « raisonnable » semblent chez lui s’appeler les uns les autres. Il montre du doigt les diaboliques manipulateurs d’émotion : les Hitler, les démagogues racistes du Sud, les charlatans de la religion, les guérisseurs. Et pourtant, assis dans une église baptiste noire du Sud profond, à écouter les gens chanter « We shall overcome… we shall overcome… » et crier « Freedom, freedom ! », notre intellectuel pourrait bien éprouver une bouffée de joie et d’amour vaguement teintée d’un léger malaise devant une démonstration aussi spontanée d’émotivité. Selon moi, ce malaise est dû à son incapacité d’admettre plusieurs choses : que l’émotion est un instrument moralement neutre qui peut servir à une grande variété de fins ; qu’elle sert un objectif positif lorsqu’elle est liée à un projet louable ; qu’elle n’est pas irrationnelle mais non rationnelle parce que, n’étant qu’un instrument, sa rationalité dépend uniquement de la valeur qu’elle sert. […] »

Pour le reste, le microscopique décrypteur ne mérite pas qu’on prenne plus de temps pour le rendre moins stupide et haineux.

***

1. Voir « Alain Marschall (BFM-TV), arbitre de boxe (avec vidéo)« , article d’Acrimed.
2. Voir « Lilian Alemagna, journaliste autosatisfait et tonitruant…« 

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Un commentaire pour Se faire « décrypter » par Tugdual Denis, journaliste frustré

  1. dorzédéjà dit :

    Alain Marchall, Olivier Truchot, de même que leurs complices Franck Tanguy, Gilbert Collard, Claire Aupetit et les autres ( que Sophie de Menthon repose en paix) illustrent à la perfection l’horrible aphorisme de Romain Gary:  » La bêtise est la grande force spirituelle de notre temps ». Ils pulvérisent tous les records d’audimat. Je crois qu’il faudrait plusieurs Mélenchons supplémentaires pour les renvoyer enfin à leur néant… qui est malheureusement aussi celui de la majorité de nos contemporains.

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